Parfumeur surdoué et quasi autodidacte, affairiste, visionnaire, homme politique controversé, François Coty, de son vrai nom François Sportuno, semble avoir vécu plusieurs vies.
Le jeune Corse découvre la parfumerie par hasard, en aidant un ami pharmacien dans son laboratoire. Lorsqu'il pèse une banale Cologne pour ce dernier, il retrouve avec enchantement tous les parfums d'agrumes de son île natale. Il s'amuse alors à modifier la formule en utilisant les mêmes composants et au grand agacement de son ami, ses essais s'avèrent être bien meilleurs que l'original.
Pour le jeune Coty, il s'agit d'une révélation. Il sera parfumeur !
Sans plus attendre, il se rend dans le Sud et frappe à la porte de Chiris, la plus grande maison grassoisse de l'époque. Il parvient à obtenir un stage et il y apprendra les bases du métier de parfumeur. Il rentre à Paris une année plus tard, bien décidé à conquérir la capitale.
Il ouvre une petite boutique rue de la Boétie. En 1905, il sort L'Origan. Le succès de ce parfum lui permettra de s'installer dans une boutique plus grande à Neuilly. Rapidement, la maison Coty s'impose comme incontournable et tout ce que François Coty touche se transforme en or. Il est le premier à comprendre l'importance du flacon et du conditionnement des produits de beauté. Homme d'affaires habile, il deviendra l'une des personnalités les plus riches de son époque. Ses compétences éclectiques et son esprit ouvert l’amène à toucher à tout. En tant qu’homme politique, son rôle le moins glorieux, il acclimate le fascisme italien en France. Avec son rachat du journal Le Figaro, le voilà magnat de la presse. Enfin, il se distingue par son mécénat ; il soutient l’Art mais aussi l’aviation de l’époque, encore balbutiante.
Personnalité contradictoire et mystérieuse, Coty fascine et dérange ses contemporains, ce qui lui vaut de nombreux ennemis. Misanthrope, il mène une vie de reclus dans ses différentes résidences ce qui ne l’empêche pas de se passionner pour le beau sexe. Cette passion finit d’ailleurs par entraîner son divorce et sa ruine. Mais Coty n'oublie pas la parfumerie et ses compositions et ses succès s'enchaînent à un rythme effréné. Parmi ceux-ci, le parfum Chypre qui sort en 1917. Construit autour d'un accord bergamote, ciste-labdanum, patchouli, mousse de chêne, il donnera naissance à la famille olfactive éponyme. Celle-ci, élégante et racée, deviendra l'une des plus prolifique de la parfumerie.
Quelques temps avant sa mort, alors qu'il est cerné par les créancier, fini et usé, il confie à un ami que son seul regret est de n'avoir pas pu capturer l'odeur du chèvrefeuille. Rêve de parfumeur ... ce qu'il était toujours resté dans le fond. C'est pourquoi, on oubliera les égarements politiques et les déboires financiers de M. Coty pour s'empresser d'aller sentir ses parfums conservés à l'Osmothèque, la banque de données des parfums disparus.
LES PARFUMS DE FRANCOIS COTY
1904 La Rose Jacqueminot
1905 Ambre Antique
1905 Origan
1906 Jasmin de Corse
1917 Chypre
1921 Emeraude
1927 L'Aimant
Félicitations pour ce bel hommage à ce grand monsieur à qui la parfumerie française doit tant et qu'on oublie.
En effet, que serait devenue la parfumerie moderne sans lui ?
Pour les amateurs d'architecture art-déco, on peut visiter sa villa de Nice, aujourd'hui musée (d'art naïf "Anatole Jakowsky") située à l'Ouest de la ville, au-dessus de l'église Sainte Hélène.
Rédigé par : Aslan | 22 avril 2009 à 07:19